Forme juridique

SA ou Sàrl à Genève : le comparatif 2026

Une Sàrl demande 20 000 francs de capital entièrement libérés, une SA 100 000 francs dont 50 000 au moins versés à la constitution. Fiscalement, les deux sont traitées de façon identique — le choix ne se joue donc jamais là. Il se joue sur trois points : la visibilité publique des détenteurs, la facilité à céder des titres, et les outils de gouvernance que la loi réserve à la SA.

En bref

  • Capital : 20 000 francs libérés intégralement pour la Sàrl, 100 000 dont 50 000 au minimum pour la SA.
  • Les associés d'une Sàrl figurent au registre du commerce avec leurs parts ; les actionnaires d'une SA n'y figurent pas.
  • Imposition identique dans les deux formes.
  • La marge de fluctuation du capital et les dividendes intermédiaires sont réservés à la SA.

Le capital, la différence dont on parle trop

C'est le premier chiffre que tout le monde cite et le moins déterminant. Les 20 000 francs d'une Sàrl ne sont pas un coût : ils deviennent la trésorerie de départ dès le déblocage du compte de consignation. Le vrai écart est ailleurs : la SA permet de ne libérer que la moitié de son capital, ce qui laisse une dette de libération au passif — une souplesse qui a un revers, puisque cette part non libérée reste exigible.

Depuis la révision du droit de la société anonyme entrée en vigueur en 2023, le capital des deux formes peut être libellé dans une monnaie étrangère lorsqu'elle est essentielle à l'activité. Utile dans la zone de Meyrin ou chez les filiales de groupes, anecdotique ailleurs.

La visibilité des détenteurs

Voilà la différence qui fait réellement basculer des dossiers. Le registre du commerce publie les associés d'une Sàrl, nommément, avec le nombre de parts qu'ils détiennent. N'importe qui peut consulter cela en ligne, gratuitement. Pour une SA, rien : le registre mentionne les organes, pas les actionnaires.

Cela pèse dans trois situations. Un associé minoritaire qui ne veut pas que sa participation soit publique. Un entrepreneur qui détient plusieurs sociétés et préfère qu'on ne relie pas les points. Et une opération de rachat, où la publication de chaque mouvement de parts devient un inconvénient. La SA tient bien un registre des actions, et les ayants droit économiques doivent s'annoncer dès vingt-cinq pour cent du capital, mais cette information reste interne.

Céder des titres

Transmission des titres
SàrlSA
Forme de la cessionÉcriteEndossement ou cession écrite
Accord des autres détenteursRequis par défautNon requis par défaut
Publication au registreOui, à chaque mouvementNon
Catégories de titresParts sociales, droits de vote modulablesActions ordinaires, à droit de vote privilégié, de participation

Dans une Sàrl, la cession de parts requiert en principe l'approbation de l'assemblée des associés, sauf si les statuts en disposent autrement. C'est une protection quand on est trois associés qui se connaissent, et un frein quand on cherche à faire entrer un investisseur. Dans une SA, les actions circulent librement à moins que les statuts ne le restreignent.

Gouvernance : deux régimes différents

La Sàrl est conçue comme une société de personnes déguisée en société de capitaux. Par défaut, tous les associés participent à la gestion, et la loi leur impose une obligation de fidélité ainsi qu'une interdiction de concurrence. Un associé de Sàrl ne peut pas, sans autorisation, exercer une activité concurrente — contrainte qui n'existe pas pour un actionnaire de SA.

La SA sépare nettement propriété et direction : les actionnaires nomment un conseil d'administration, qui dirige. Cette séparation est plus lourde pour une structure de trois personnes, et indispensable dès qu'il y a des investisseurs passifs.

Deux outils, enfin, sont réservés à la SA depuis la révision de 2023 : la marge de fluctuation du capital, qui permet au conseil d'augmenter ou réduire le capital dans une fourchette prédéfinie sans repasser chaque fois devant notaire, et le dividende intermédiaire, versé sur le bénéfice de l'exercice en cours. Les deux comptent pour une société qui lève des fonds par tours successifs.

Les versements supplémentaires, le risque propre à la Sàrl

Un point que les comparatifs omettent presque toujours. Les statuts d'une Sàrl peuvent obliger les associés à des versements supplémentaires si la société tombe en difficulté — une contribution appelée au-delà du capital souscrit, plafonnée au double de la valeur nominale des parts. Rien d'équivalent n'existe pour un actionnaire de SA, dont l'engagement s'arrête à la libération de ses actions.

Cette clause n'est pas automatique : elle doit figurer dans les statuts. Mais elle s'y trouve dans un nombre non négligeable de modèles repris sans relecture, et personne ne s'en aperçoit avant le jour où elle est appelée. C'est une raison suffisante pour lire les statuts ligne à ligne plutôt que de signer un gabarit, et l'une des vérifications que nous faisons systématiquement lors d'une reprise de dossier.

Le comparatif, en une page

Ce qui sépare les deux formes
SàrlSA
Capital minimum20 000.–100 000.–
Libération minimaleIntégrale50 000.–
Détenteurs publicsOuiNon
ImpositionIdentiqueIdentique
Interdiction de concurrence légaleOui, pour les associésNon
Marge de fluctuation du capitalNonOui
Dividende intermédiaireNonOui
Frais de constitution1 500 – 2 5002 500 – 4 500

Ce que je conseillerais, et à qui

Pour la très grande majorité des projets qui démarrent dans le canton, la Sàrl suffit et coûte moins cher. Elle ne pénalise ni la crédibilité ni la fiscalité, et la publicité de l'actionnariat ne dérange personne quand on est seul ou à deux.

La SA se justifie dans quatre cas précis : une levée de fonds envisagée, un actionnariat que l'on veut garder confidentiel, un projet de revente à moyen terme, et un secteur où les contreparties attendent cette forme — finance, négoce, immobilier. Partir directement en SA évite alors une transformation qui coûtera plus cher deux ans plus tard.

Et si la question se pose en amont, entre société de capitaux et activité en nom propre, l'article sur la Sàrl et la raison individuelle traite le vrai premier arbitrage. La constitution elle-même est détaillée sur la page création d'entreprise.

Questions fréquentes

Quelle différence fiscale entre une SA et une Sàrl ?

Aucune. Les deux formes sont des personnes morales imposées de la même manière : environ 14 % sur le bénéfice dans le canton de Genève, puis imposition partielle du dividende chez le détenteur si sa participation atteint dix pour cent. Choisir entre SA et Sàrl pour des raisons fiscales n'a donc pas de sens ; le choix se joue sur la visibilité des détenteurs, la cessibilité des titres et la gouvernance.

Les actionnaires d’une SA sont-ils publics ?

Non. Le registre du commerce ne publie pas l'actionnariat d'une SA, alors qu'il publie les associés d'une Sàrl avec le nombre de parts qu'ils détiennent. La SA tient un registre des actions en interne, et les ayants droit économiques doivent être annoncés à la société dès qu'ils atteignent vingt-cinq pour cent du capital — mais cette information reste interne, pas publique.

Peut-on transformer une Sàrl en SA ?

Oui, par une transformation directe prévue par la loi sur la fusion, sans liquider la société ni transférer les actifs un par un. La société conserve ses contrats, son numéro d'identification et ses relations bancaires. Il faut porter le capital à 100 000 francs au minimum, faire établir un rapport et adopter de nouveaux statuts devant notaire. Comptez quatre à huit semaines.