Fiscalité

TVA : ce qui se passe quand vous dépassez 100 000 francs en cours d'année

Le seuil, tout le monde le connaît. La date à laquelle l'assujettissement commence, presque personne, et c'est pourtant là que se jouent les rattrapages coûteux. Un indépendant qui franchit 100 000 francs en septembre n'a pas forcément quelque chose à faire tout de suite ; une jeune société qui les prévoit dès sa première année, si.

Ce que le seuil mesure exactement

L'assujettissement obligatoire à la TVA suisse est déclenché par 100 000 francs de chiffre d'affaires annuel provenant de prestations qui ne sont pas exclues du champ de l'impôt. Deux précisions changent souvent le résultat du calcul.

La première : depuis 2018, le chiffre d'affaires réalisé à l'étranger compte aussi. Un consultant établi à Genève qui facture 60 000 francs à des clients suisses et 70 000 à des clients français atteint le seuil, même si la part étrangère ne sera pas imposée en Suisse. Beaucoup de gens l'ignorent encore et se croient tranquilles avec 60 000 francs de facturation locale.

La seconde : les prestations exclues du champ de l'impôt ne comptent pas. Les soins médicaux, la formation, la location d'immeubles, certaines prestations culturelles ou d'assurance sortent du calcul. Une école privée peut encaisser 400 000 francs d'écolages sans jamais atteindre le seuil, tout en devant s'y intéresser dès qu'elle vend aussi des supports ou des repas.

Le calcul en une ligne

Chiffre d'affaires suisse et étranger, hors prestations exclues du champ de l'impôt. Si le total atteint 100 000 francs, le seuil est franchi.

Quand l'assujettissement commence

Deux situations, deux réponses différentes.

Entreprise déjà active

Le contrôle se fait à la clôture de l'exercice. Si le chiffre d'affaires déterminant a atteint 100 000 francs, l'assujettissement débute au début de l'exercice suivant. Autrement dit, un artisan qui franchit le seuil en septembre 2026 pour un exercice calé sur l'année civile devient assujetti le 1er janvier 2027, pas en septembre. Il continue de facturer sans TVA jusqu'à la fin de l'année, ce qui surprend souvent et déclenche des factures corrigées inutiles.

Entreprise qui démarre

Là, la logique s'inverse. Si le seuil est prévisible sur les douze premiers mois d'activité, l'assujettissement court dès le premier jour. On raisonne sur une projection : un contrat cadre signé à 12 000 francs par mois suffit à établir que le seuil sera dépassé, et l'inscription doit être faite immédiatement.

Quand le démarrage est incertain, la projection se refait après quelques mois d'activité réelle. Si elle montre alors que le seuil sera atteint, l'assujettissement remonte au début de l'activité, avec la TVA due sur les factures déjà émises. C'est le scénario douloureux : les clients particuliers n'accepteront pas une facture complémentaire six mois plus tard, et la TVA sort de votre marge.

Le moment le plus risqué n'est pas le franchissement du seuil. C'est le premier trimestre d'activité d'une société qui démarre fort.

Le délai d'annonce

L'inscription auprès de l'Administration fédérale des contributions doit être demandée dans les trente jours qui suivent le début de l'assujettissement. Ce n'est pas une formalité recommandée, c'est une obligation légale, et son non-respect n'empêche pas l'assujettissement de courir : la dette fiscale naît de toute façon, l'annonce ne fait que la rendre visible.

Concrètement, une entreprise qui s'annonce avec dix-huit mois de retard reçoit un numéro TVA rétroactif, doit déposer les décomptes de la période écoulée, et paie des intérêts moratoires. Elle peut en principe faire valoir l'impôt préalable de la même période, ce qui limite la casse quand il y a eu des achats importants, mais suppose des justificatifs conformes et une comptabilité exploitable.

Ce que ça change au quotidien

Une fois inscrite, l'entreprise facture avec TVA aux taux en vigueur, tient une comptabilité qui permet de séparer les taux, et dépose ses décomptes selon la méthode choisie : quatre par an au décompte effectif, deux par an avec le taux de la dette fiscale nette.

Taux applicables
Type de prestationTaux
Taux normal8,1 %
Taux réduit (denrées alimentaires, médicaments, livres)2,6 %
Hébergement3,8 %

Le choix de la méthode se fait à l'inscription et engage pour un certain temps : au minimum une période fiscale avec le forfait, trois ans avant de pouvoir y passer depuis la méthode effective. Autant faire le calcul avant de cocher la case.

Et si le chiffre d'affaires redescend

L'assujettissement ne s'arrête pas tout seul. Une entreprise dont le chiffre d'affaires repasse durablement sous le seuil peut demander sa libération, avec effet au début de la période fiscale suivante. Sans démarche, elle reste assujettie et continue de devoir déposer ses décomptes, y compris à zéro. Chaque décompte non déposé génère une taxation par estimation, et une taxation par estimation se conteste beaucoup plus difficilement qu'elle ne s'évite.

Ce qu'il faut retenir

Le chiffre d'affaires étranger compte dans le seuil. Une entreprise établie devient assujettie au début de l'exercice suivant celui du dépassement ; une entreprise qui démarre, dès le premier jour si le seuil est prévisible. L'annonce part dans les trente jours, et l'assujettissement ne s'éteint que sur demande.

Un doute sur votre situation ? La page fiscalité et TVA détaille les deux méthodes de décompte, et la FAQ reprend les seuils chiffrés. Pour un cas concret, écrivez-nous avec votre chiffre d'affaires de l'année écoulée.